Arrivée sur le quai en plein air, je me prends un uppercut en pleine mâchoire. Wow, mais ça fait mal à la figure ce truc !  Monologue intérieur : "Dis donc Dieu Eole, je n’ai pas mérité que tu viennes castagner ma tête… Je t’ai esquivé à Chicago où tu faisais -11 degrés et tu m’attendais à DC avec tes -8 degrés  de tempérament".

"Damn", comme disent les américains, je fais bonne figure et m’efforce de sourire pour la pause photo. Click claque capuche, je vais mieux ! D’un coup, je ne regrette plus mes 2 sous-pulls, mon pull, le pull par-dessus le pull, mon collant lycra, mes leggins et mes gants cloutés. J’avais prévu le coup et suis ravie d’avoir réussi à allier esthétique et pratique. Si si, ça l’faisait !

Bref !

Yes "YOU" can ! Parlons de YOU. Le YOU dont il s’agit est mon guide. Disons que YOU est Youssouf, marié, 3 enfants, fonctionnaire de police, comoriens, timide, ne dépassant pas les -30 db (unité de mesure du son) lorsqu’il parle, courtois, curieux, content, aventurier, voyageant à chaque grand moment de l’histoire, Obamanien que j’ai identifié à Paris le 4 novembre 2008 lors de la soirée spéciale "élections présidentielles américaines" et incapable de parler un anglais compréhensif donc mime par obligation…

Compte tenu du boom des réservations et des difficultés à trouver un hôtel près du Capitol, j’avais le choix entre me coller à un groupe de fous (complètement déjantés) qui avait loué une villa, coller une délégation "diplomatique" avec ce que le protocole comprend comme pesanteur en pareille circonstance,  décoller de D.C et me retrouver à "babel oued" dans un hôtel miteux ou proposer à YOU et ses amies de les suivre dans leurs aventures qui me semblaient bon enfant. Bon, vous savez c’que j’ai fait donc pas la peine d’épiloguer là-dessus.

Nous voilà donc dans le métro, le plus beau du monde parce qu’il me transporte dans l’atmosphère de l’investiture. Nous sommes une vingtaine mais mes oreilles écoutent cet échantillon de Washington. Ils parlent Obama, transpirent Obama, s’inspirent d’Obama à chaque phrase. Un homme mûr attire mon attention, je le trouve beau avec ses gestes vifs, sa voix qui sent le blues, sa dégaine et la joie qu’il exprime à chaque photo et interview qu’il fait avec ses appareils. Qu’il est beau ce monsieur... à l’entendre, c’est un gosse qui guette l’arrivée du père noël…

Station X, dont je ne me souviens plus, une charmante afro américaine aux traits fin entre et s’installe à côté de moi. Elle est exquise avec son manteau de fourrure et sa panoplie de sacs Vuitton. Elle a un rendez-vous avec son "date"… euh le "date", c’est pas tout à fait un p’tit ami, pas encore un mec, pas un pote non plus, c’est même pas un flirt… en fait c’est un concept à l’américaine : c'est le "avant de se faire un bisou et plus si...". Donc, je disais qu’elle me raconte que grâce à son "machin" elle dormira dans une superbe suite à 7000$ et ira dans l’un des bals prévus pour l’investiture. Je lui propose de la prendre en photo, elle refuse, m’expliquant que son maquillage n’est plus très "in". "Ah ok no problem" lui réponds-je.

Metro center, c’est notre station. Les agents de la sécu indiquent que c’était le dernier métro… nous voici dehors et je croise un type souriant qui marche en se penchant de gauche à droite comme un pingouin. Il chante et en m’approchant, je découvre un visage illuminé. Au fond, je suis impressionné de lire pareille émotion. Je l’arrête et lui demande de me dire pourquoi il se balade seule avec sa pancarte et il me dit qu’il a une mission : "faire rayonner la gloire d’Obama dans toute la ville !". Je suis scotchée, clic clac dans ma tête, je le prends en photo et avance dans la nuit de DC. Le quartier où je suis se trouve à quelques blocs (patés de maisons) du lieu de l’investiture. La lumière est orange, l’air et sec, le vent souffle mais sur chaque trottoir se trouvent des personnes en pleine liesse. Je croise un 4X4 diplomatique africain et ne peut m’empêcher de leur faire signe pour exprimer ma joie. Ils me saluent et j’imprime leur sourire dans ma tête. C’est un balai de voitures tunés, Hummers geants, cadillacs rutilantes, mercos qui défilent sous mes yeux, mes pas croisent ceux de noirs et blancs endimanchés pour participer à l’un des 10 bals officiels de la ville. DC est parfumée : en remontant la rue, mes narines sont chatouillées par divers parfums que je tente d’identifier. Bon pas tout le temps parce qu’il y a des effluves que je souhaite oublier mais bon…

3h et des minutes que je n’arrive plus à lire, mes paupières sont lourdes, je sms mon p’tit monde puis mes contacts pour annuler les rdv nocturnes et me glisse dans les bras de Morphée que j’ai fuit depuis plusieurs jours.

4H30… "allo Médina" "ouinnnnn, quaaaaa, c’qui ?" "C’est machin…" "Oh, j’te coupe, chui à l’étranger, rappele dans 1 semaine meuuuurci"

5H… mon meilleur ami HTC vibre, je l’attrape rageusement et le met en mode avion. Ah, je glisse, je glisse, je glisse dans un sommeil si bizarre que je crois que j’ai parlé toute seule.