Telle une diplomate, je me sens investie de la mission de savourer et rapporter le mieux possible les détails de ces instants historiques. Alors, pour vous narrer cette page d’histoire, je me mets dans la peau de la rapporteuse fonceuse et déterminée.

Je dis à YOU : "On aurait dû partir plus tôt pour être plus près. On est à mi-chemin du podium mais là il est trop tard… tentons quand même de nous approcher". Je fais la danse du serpent pour me glisser de rangé en rangé, lève l’épaule, rentre le ventre, donne du "sorry mam'" (désolée madame), quelques frotti frotta de doudoune, de jolies glissades de popotin : nous voilà partis. YOU est le type babacool qui me dit être déjà content d’être arrivé aussi loin que nous l’avons fait, mes suppliques et tentatives pour aller plus loin seront veines. J’arrête ma machine à foncer, fait une observation à 360° et  conclue dans ma tête : "marre des  contorsions !". Par un trot saccadé et désarticulé, je nous trouve une place en hauteur de manière à avoir le meilleur point de vue.

YOU n’en revient pas, nous avons évolué aussi loin que la traversée de la marée humaine nous le permettait. Yes we did, yes we are ready.

11H48, nous voilà placés comme on pouvait. C'est-à-dire que mon mètre 65 permet à mes yeux de voir le toit du monument d’où Obama va faire son discours, les écrans géants, la foule et le Washington monument…

Soudain, je me sens comme un gamine prête à faire un caprice. Je ressens le besoin d’appeler mon double : "Allo, c’est moi… ". Grrrr, je parle à son satané répondeur ! Tant pis, je grogne un message. Je ne sais pas si mes phrases sont cohérentes mais au moins je tente maladroitement de l’emmener dans mon voyage grâce à mon « grigri mobile » et mon forfait international qui va encore exploser. Si seulement on pouvait se téléporter comme dans Star Trek… bref !

Durant plusieurs minutes, des annonces présentent les personnalités venues assister à la prestation de serment d’Obama. Entre chaque nom, c’est le silence ou de petites voix qui murmurent. Bush père n’est pas hué, il provoque simplement quelques remarques du type "il a mal vieilli", "oh le cowboy". Rien de dur. Je note que Clinton a encore une sacrée quote, une femme au nez pointu qui lui donne l’air d’une poule caquette avec sa voix nasillarde : "oh, he’s so lovely".

D’un coup c’est l’éclipse ! Le grand cataclysme. La désolation télévisuelle… Bush junior apparait et une vague de "ouh" des "Mothers... " gronde et m’empêche de comprendre les commentaires. Visiblement il a caché le soleil avec sa tête d’homme désemparé. "Oh my god !" Quelle démonstration de dégout ! Il a intérêt à partir loin des States pour oublier la pire journée de sa vie je suppose.

Tout à coup c’est le silence, je lève la caméra et fait un tour circulaire. Le temps suspend son vol. Tout le monde a les yeux rivés sur l’écran. Certains visages sont pâles, les yeux sont grands ouverts. Je ne suis plus Médina, je suis comme mes voisins, je suis transportée par ce moment mêlant attente et espoir ! Boum boum boum boum boum boum, j’en oublie même de respirer, je ne me force pas, je tâche d’oublier cette subite apnée. Une voix annonce "Barack Obama", des cris de joie retentissent, des femmes laissent couler leur témoignage d’espoir sur leurs joues, des drapeaux s’élèvent, un homme noir semble cacher son visage derrière ses mains. Je vois un gosse blanc d’environ 6 ans derrière moi, il est installé sur les épaules de sa mère et hurle "Obama !". Hhhhhhhhhh, j’inspire, j’expire, je crie "oh, yeah ! Obama". Je vous l’ai dit, je ne suis plus Médina la Sénégauloise, je suis témoin d’un moment que j’espère raconter encore et encore et encore. Mes yeux se brouillent mais je stoppe la tentative d’hémorragie oculaire. Je fouille à gauche, à droite, je sonde les yeux de mes voisins. Certains sont stupéfaits, d’autres pleurent, d’autre regardent concentrés. Pendant que mes lèvres esquissent un sourire qui ne me quittera plus, je photographie ces instants incroyables.

Pour voir les photos de tous les gens auxquels je fais allusion dans ce post et bien d'autres, allez visiter ma galerie sur le site de la radio Origin.

En cliquant ici : les Obamaniens.

En cliquant ici : la foule le jour J.

En cliquant ici : Quelques photos prises pendant mon séjour.

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